Monstre-moi : de vraies pépites de justesse, de cynisme et d’humour

Par 

Emmanuelle Saulnier-Cassia

Source : 

Monstre moi

"Les échanges entre l’accusée et la psychiatre contiennent de vraies pépites de justesse, de cynisme et d’humour, dans le texte et les prestations des comédiennes, en particulier Nathalie Peltier qui endosse le rôle de la tueuse en série. "

Une voix off, dans le noir, annonce l’arrestation d’Alina Warnant, une jeune infirmière, pour une série de meurtres de plusieurs femmes et la suspicion de plusieurs morts non élucidées. D’autres voix, de femmes encore (journaliste, policière, avocate…) se succèdent, ponctuées de flashs sur le plateau.


Un procès va s’ouvrir contre la tueuse en série, qui doit être précédé d’une analyse psychiatrique pour déterminer si l’accusée est responsable ou non de ses actes.


Ce sont les entretiens de la psychiatre France Quint (jouée par Clara Hertz) avec Alina qui composent la moitié de la pièce, et qui sont de loin les plus intéressants, entrecoupés de scènes dans l’appartement de France, en couple avec Emilie (jouée par Laëtitia Leroy). Ces passages de Monstre-moi qui veulent reproduire les relations et disputes de couples classiques tombent un peu dans la caricature et dans le message trop appuyé selon lequel les crises que traversent les couples homosexuels sont identiques aux couples hétérosexuels. Soit… Et malheureusement, le jeu ne vient pas au secours du texte.


En revanche, les échanges entre l’accusée et la psychiatre contiennent de vraies pépites de justesse, de cynisme et d’humour, dans le texte et les prestations des comédiennes, en particulier Nathalie Peltier qui endosse le rôle de la tueuse en série. Elle a ce qu’il faut de froideur, de violence, notamment dans les scènes de démence, mais aussi de fragilité jusque dans une gestuelle extrêmement précise, comme la nervosité de ses mains sur la table ou ses sourires enjôleurs réussissant à séduire peu à peu sa nouvelle victime… Elle laisse percevoir progressivement la cruauté et la perversité de son personnage dans le récit de ses actes de nécrophilie, mais aussi son côté manipulateur. Nathalie Peltier est tout simplement excellente, ce qui donne envie de la suivre attentivement dans ses prochains rôles.


Le public riait beaucoup le soir de la première dans la petite salle Belleville du Théâtre La Croisée des chemins. La pièce Monstre-moi qui va surement mûrir encore un peu ces prochains jours, mérite qu’on s’y arrête.

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