Le mauve est un mélange de couleurs primaires : un drame contemporain à ne pas manquer au Théâtre La Croisée des Chemins

March 7, 2017

(source : Baz'Art)

 

Coup de coeur pour cette première création d’Anne-Florence Bargaud, Le mauve est un mélange de couleurs primaires qui joue tous les samedis et dimanches jusqu’au 9 avril au Théâtre La Croisée des chemins, à Paris. Un drame contemporain mis en scène par la Compagnie Théâtr’Actif et Olivier Balmat, qui mêle brillamment jeu et danse dans un espace surprenant : une chambre d’hôpital psychiatrique…

 

La pièce s’ouvre sur un décor sobre. Le sol est jonché de dessins griffonnés au bic, un peu inquiétants. Nous sommes dans une chambre d’hôpital psychiatrique et plus précisément, dans la chambre d'Alice (Anna Bayle). Cela fait deux semaines qu’elle y passe ses journées.

 

Depuis le début de son internement, elle remplit son journal, griffonne, rature, dessine. Elle y concilie ses journées, ses rendez-vous avec le personnel (in)hospitalier, son obligation de prendre son traitement pour « éloigner ses vieux démons » et guérir sa « schizophrénie ». Parfois avec rage. Parfois avec angoisse. Elle y couche également ses observations. Car elle est aussi ici pour observer…

Dès le début de la pièce, le spectateur s’interroge : que fait Alice dans cette chambre, dans cette cellule ? Le diagnostic est formel, elle souffre de schizophrénie, et pourtant, elle nous semble parfaitement normale. 

Comme beaucoup de jeunes filles, Alice ronchonne lorsqu'on vient la réveiller aux aurores. Comme beaucoup de jeunes filles, elle a une vie sociale très remplie, des amis, son copain Romain, son chat Dina, une passion ardente pour le cinéma… Son imagination de réalisatrice de films est en constante ébullition : son sujet de prédilection est l’interaction entre le réel et l’imaginaire, comment ces deux mondes se répondent, comment les étincelles de l’un se reflètent dans le miroir de l’autre. Étrange coïncidence.

 

Dès son rendez-vous avec le Docteur Terrieux (Arnaud Renaud), chef du service de psychiatrie, on saisit le fil qui va nous permettre de remonter aux raisons de son internement. La situation s’éclaire sensiblement après son rendez-vous avec son amie Carole (Sandrine Becquart), qui est infirmière à l’hôpital : on comprend qu’elle s’est « volontairement enfermée » pour pouvoir puiser dans cette « expérience »  la matière de son prochain film. Quoi de mieux en effet qu’un hôpital psychiatrique pour étudier le rapport entre réel et imaginaire ?

 

« Le mauve est un mélange de couleurs primaires» est un spectacle complet. 

La mise en scène est brillante : aussi bien le choix de la subjectivité, que les moments de danse et la musique nous embarquent dans l'univers d'Alice. Elle contribue à rendre les frontières entre réalité et imaginaire, entre folie et normalité, extrêmement ténues. Tout est fait pour que nous adhérions au discours d'Alice : nous sommes dans sa tête, entendons ses pensées, assistons à ses rendez-vous, à ses entrevues avec des patients qui pour le coup, sont rééllement malades... De sorte que le retournement final nous scie complètement. 

Nous sommes jusqu'au bout tenus en haleine, ne perdons pas un mot des dialogues, notons, à l’instar d‘Alice, tous les indices qui pourraient nous aider à faire le distinguo entre réel et imaginaire, à prendre du recul sur cette « expérience » vécue à travers elle. 

La pièce est également portée par trois comédiens de talent qui interprètent une foule de personnages : Anna Bayle (Alice), Sandrine Becquart (Carole, Sarah Millier, Myriam) et Arnaud Renaud (Dr. Terrieux, Xavier, Romain Chapelier). Leur jeu est incroyablement juste et leur interprétation de patients en proie à de terribles maladies psychiques est remarquable.  

Les superbes moments de danse/transe - chorégraphiés par Lia Rives - qui viennent faire irruption dans la pièce - ou dans l’esprit d’Alice, on ne saurait le dire -, créent une rupture avec les scènes de dialogues. Alice, allongée sur le côté, étend ses bras de chaque côté de son corps, comme si elle voulait pousser les murs de cette cellule qui l’étouffe, qui l’enferme, au sens propre comme au figuré. L'intensité de ces scènes est renforcée par des effets de lumière et une musique originale de Michaël Baranoff qui traduit parfaitement le flou qui règne dans l'esprit d'Alice... Et dans le nôtre. 

 

On ne peut que saluer cette création brillante d'Anne-Florence Bargaud et vous encourager à pénétrer, dès samedi prochain, dans l'univers d'Alice...

 


En savoir plus sur http://www.baz-art.org/archives/2017/03/07/35011560.html

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