Ludwig : une fable historique passionnante

October 24, 2017

(source : Baz'art)

 

C'est en ce moment au Théâtre de la Croisée des Chemins : Ludwig, une fable historique passionnante écrite et mise en scène par Olivier Schmidt, sur une idée originale de Kevin Maille. Une pièce éligible aux Petits Molières 2018 que vous aurez aussi la chance de voir au prochain festival d'Avignon.

                                           

Nous sommes en Bavière, en l'an 1864. L'excentrique et fantasque Louis II (Julien Hammer) s'apprête à devenir celui que l'on surnommera le "roi perché". Exaspérée par le comportement fantasque de ce fils qui n'a rien de celui d'un futur monarque, Marie de Bavière (Séverine Wolff) ne peut se résoudre à le voir monter sur le trône, surtout sans être marié. Elle va tenter de le persuader d'épouser sa cousine, Sophie Charlotte, soeur de l'impératrice Elisabeth d'Autriche, alias Sissi (Charlotte Moineau). Mais comme nous le verrons dans la pièce, Ludwig n'est pas du genre à se laisser faire, il n'obéit qu'à une seule loi : celle de la liberté.

Le monarque est décrit dans toute sa splendeur et dans toute sa noirceur, sans fard, sans ambages, à commencer par son attirance pour les garçons dont il ne se cache pas le moins du monde : la scène s'ouvre sur une chasse amoureuse entre le souverain et un de ses pages (Olivier Schmidt) affublé d'un Lederhose, tenue chère aux Bavarois. Le page incarne tous les éphébes que Ludwig se plaît à séduire grâce à son pouvoir pour les intimider, les manipuler. Sa passion pour les arts est également mise en exergue, et en particulier, pour la musique de Richard Wagner (Rafael Vanister) compositeur auquel il voue un véritable culte, n'hésitant pas à mettre de grands appartements à sa disposition pour qu'il puisse travailler, au mépris des mises en garde de sa mère et de sa cousine.  


Chapeau bas(-varois) aux cinq excellents comédiens ! 

 

Julien Hammer est particulièrement exceptionnel dans son interprétation du roi que rien n'arrête. Il incarne avec brio toute la complexité de son personnage en proie à deux aspects de la folie : la douce, celle de l'esprit libre, passionné, "amoureux de l'amour", mais aussi la véritable, celle qui le mènera dans un asile, victime de terribles hallucinations, entrevoyant Walkyrie sous les traits d'une sublime femme fatale... Dans le même temps, sa volonté délibérée de ne pas écouter les conseils de sa mère ou de sa cousine adorée, sa façon de tout contourner par les mots, l'ironie, le cynisme, mais aussi son côté grand enfant, espiègle, du monarque qui veut gouverner tout en refusant obstinément de grandir en font un personnage attachant. 

 

Charlotte Moineau incarne une Sissi extrêmement touchante, détruite par le comportement de son cousin qu'elle aime comme un frère, et une Sophie Charlotte exubérante dont l'accent autrichien très prononcé déclenche une avalanche de rires dans la salle. Séverine Wolff joue à merveille la mère exaspérée et la Walkyrie, allégorie sensuelle et fascinante de la Mort. 

 

Rafael Vanister campe un Richard Wagner impeccable, charismatique, cruel et impitoyable qui n'hésite pas un instant à trahir le monarque, se jouant de son admiration pour mieux le détrousser.

 

La mise en scène d'Olivier Schmidt - qui joue également un émouvant rôle de page - est sobre, mais efficace. Les éléments de décor sont peu nombreux, mais suffisent à nous transporter dans une autre époque et à caractériser les personnages - le portrait du "roi perché" accroché chez Wagner dépeint toute la prétention du monarque.

 

On est captivés du début à la fin, bravo !

 

En savoir plus : http://www.baz-art.org/archives/2017/10/24/35792186.html

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