Absurde et humour noir pour un « Défunt » de Obaldia en deux actes

September 21, 2018

(Source : Valgiradin)

 

« Au théâtre, rien n’est figé dans le marbre à part l’écriture qui est incontournable ! Nous avons voulu faire de l’anticonformisme avec un texte anticonformiste, on a fait de l’absurde avec de l’absurde ! » Patrick Rouzaud met en scène Le Défunt de René de Obaldia dans une version inédite au Théâtre La Croisée des Chemins. La pièce est jouée sur deux registres totalement opposés, avec une volonté de surprendre le spectateur et de montrer toute la richesse du théâtre.

 

Julie et Mme Crampon, interprétées par Mahmoud Ktari et Patrick Rouzaud, se rencontrent dans un lieu non défini. Elles commencent à parler d’un certain Victor, mort il y a un an, trois ans, on ne sait pas très bien. Au fil de la conversation, des confidences de la veuve à une amie, on s’aperçoit que cet homme est un véritable monstre de perversion. A la fin, on comprend que ces deux personnages jouent un rôle, avec l’habitude de se retrouver chaque jour, à la même heure, pour parler et délirer sur ce Victor qui apparemment n’existe pas !

 

Patrick Rouzaud propose une mise en scène inédite en jouant la pièce deux fois. En première partie, le registre dramatique fait ressortir à merveille l’humour noir et l’absurde de cette conversation. « Le texte est presque pris au premier degré, dans une forme de tragédie, où les sentiments sont exacerbés. Une forme de compassion s’installe. » Puis, dans la seconde, « on prend le contrepied du texte pour en faire une version presque burlesque. » La compassion de Mme Crampon envers Julie laisse place à la moquerie. « On voulait aller encore plus loin dans l’exagération, aller complètement à l’opposée de la première version » précise Mahmoud Ktari. « C’est montrer la richesse du théâtre, montrer qu’un texte peut être interprété de plein de manières différentes. »

 

Il y a également une volonté de surprendre le spectateur, de le bousculer gentiment. « Je trouvais marrant de mettre un peu la confusion dans l’esprit du spectateur, qui va se dire : « Ils ne vont pas nous la rejouer une deuxième fois de la même manière ! Pas comme ça !! » s’amuse Patrick Rouzaud. « Et c’est pour ça que l’on revient une troisième fois sur scène, pour faire peur ! « Ah non ! D’un air de dire : Stop ! » Mais c’est un risque ! »

 

Un risque payant, même s’il est vrai que l’on peut être déstabilisé lorsque que l’on comprend qu’ils vont effectivement nous jouer la pièce une seconde fois ! Toutes ces pensées envisagées par le metteur en scène, nous traversent réellement l’esprit ! Finalement ce parti pris est en parfaite adéquation avec l’absurdité du texte lui-même, servi par un jeu d’acteur réglé au millimètre. Un regard, une moue en disent souvent plus long que les mots. Chacun aura probablement une préférence pour l’une ou l’autre partie. Pour nous ce sera la première, on rit beaucoup du décalage entre le jeu dramatique et certaines « horreurs » prononcées, à condition, bien sûr, d’être sensible à l’humour noir !

 

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