Je viens d'un pays de neige : quand la culpabilité nous ronge

November 22, 2018

(Source : Le Petit Monde de NatieAK)

 

Il y a des rencontres qui nous marquent et des séparations qui nous rongent à jamais. Je viens d'un pays de neige nous conte ces moments forts d'une vie : puissants, bouleversants, autour d'une amitié qui résiste malgré une époque en plein tourment. C'est ainsi que je suis partie à la découverte de Maria au travers de cette pièce de théâtrale issu d'une adaptation littéraire riche en émotions.

 

UNE PIÈCE ADAPTÉE DU LIVRE DE ANNE JOLIVET

Je viens d'un pays de neige est une pièce contemporaine adaptée du livre de Anne Jolivet, sorti en 2006 aux éditions L’œil du prince. L'auteure met en scène deux familles, l'une Juive et l'autre communisme au début du 20 eme siècle. De cette rencontre va naître une amitié entre deux petites filles : Anna et Maria. Une amitié qui reste intacte malgré la montée du nazisme et de la répression anti-juive... 

Entre une Maria insouciante et une Anna bien consciente du danger, tout va se précipiter.

 

Impression sur Je viens d'un pays de neige

C'est en compagnie de Bénédicte du blog Princesse acidulée que je me suis rendue au théâtre La croisée des chemins. Installées au premier rang, nous découvrons une salle dans la pénombre. Dans ce décor minimaliste, seule une chaise occupe l'espace : une fourrure, un sac et un magazine sont posés négligemment sur le siège. Maria entre en scène...

Nous découvrons Maria en 1970, le soir du réveillon de Noël. Seule, assise sur une chaise, elle essaie vainement de remplir sa grille de mots croisés, mais exaspérée par une définition, elle finie par jeter violemment son magazine. Des souvenirs remontent alors, ceux d'Anna, son amie d'enfance dont elle n'a plus de nouvelles depuis 28 ans. C'est alors qu'elle voit ce faisceau lumineux provenant de l’extérieur : elle en est sûre, Anna vient enfin lui rendre visite...

 

Quand les souvenirs sont omniprésents

La façon dont est amenée cette tranche de vie est intéressante, car l'auteur nous présente dans un premier temps Maria alors qu'elle est dans un âge avancé. Son corps meurtri par le poids des années lui rappelle qu'elle ne peut plus prétendre aux danses irlandaises d’antan ! Elle se met alors, en attendant l'arrivée de son amie, à lui raconter toutes ses années depuis son départ, mais également celles passées en sa compagnie. Des souvenirs qui vont faire resurgir de fortes émotions et beaucoup d'interrogations.

C'est ainsi qu'on découvre sa petite enfance jusqu'au moment où la famille d'Anna quitte cette ville frontalière d'Allemagne pour se rendre à Paris. Ils seront suivis dans les années 30 par la famille de Maria. C'est alors qu'en Allemagne un nouveau chancelier est nommé : la jeune Maria âgée de 13 ans s'en inquiète, mais on lui dit d'avoir confiance... Les années passent et les jeunes filles sont à présent des jeunes femmes en quête d’indépendance. Une indépendance dans laquelle Maria a tendance à se brûler les ailes, trop insouciante, et ce malgré les conseils pleins de sagesse de son amie, toujours là pour elle. La situation politique en France met la vie d'Anna en danger. Elle doit donc préparer son départ en cette année de 1942... 

Maria continue sa vie, le temps a passé, mais l'absence d'Anna est toujours aussi forte et douloureuse. Cela fait près de 30 ans qu'elle attend son retour... Cette lumière au loin signale sûrement son retour.

 

Un texte d'une grande puissance

On perçoit rapidement la différence de caractère entre ces deux jeunes filles : Anna, une jeune femme qui a soif de connaissance, posée et réfléchie et Maria, plus délurée, libérée et en quête d'indépendance. La vie est plus compliquée pour Anna qui doit se faire discrète face à la montée de l'anti-sémitisme.

J'ai été captivée dans ce texte très riche en émotions qui nous montre une Maria parfois pleine de joie lorsqu'elle revit les scènes de son enfance en compagnie de son amie :  tout est rire, gaieté, et bonne humeur. Puis remonte les souvenirs moins agréables : Maria est alors submergée par la colère, rongée par la culpabilité : son esprit frôle la folie. 

Cette lumière qu'elle voit au loin, elle en est certaine, c'est Anna... Maria a froid, elle qui pourtant est habituée aux températures extrêmes de son pays de neige. Son corps a mal, mais elle en est sûre : Anna est au bout de la lumière...

 

Une comédienne au  jeu très réaliste 

Le jeu de la comédienne Claire Barrault m'a touchée, car elle a su interpréter avec beaucoup de subtilité, de réalisme et de sincérité un personnage meurtri. Elle a su donner à ce texte puissant une intonation toute en justesse, sachant jouer sans mièvrerie les différentes facettes de Maria - notamment ses moments de révolte où elle culpabilise d'avoir été si lâche, un sentiment terrible qui la consume. Mais aurait-elle pu agir autrement ? Aurait-elle véritablement pu y changer quelque chose ?    

 En conclusion : Je viens d'un pays de neige est un seul en scène qui va vous saisir par son émotion. On ne pourra qu'être admiratif de l’interprétation bouleversante de la comédienne Claire Barrault. 

Pensez-vous qu'on peut surmonter la culpabilité ?
Avez-vous déjà ressenti  de la culpabilité ?

 

En savoir plus

- Fiche du spectacle

- Article source

 

Please reload

Posts à l'affiche

Le Défunt : Un décalage à saveur longue

October 5, 2019

1/10
Please reload

Posts Récents
Please reload

Rechercher par Tags